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Société

21h23 : On nous demande un diplôme mais le trajet pour aller en cours est plus dangereux que l'examen

À 21h23, elle prie pour ne pas être agressée, il prie pour ne pas avoir d'accident. D'Abidjan à Bouaké, nos trajets sont dangereux pour la fille comme pour le garçon.

MSMariam Sy31 oct. 2026 · 3 min de lecture · 14 vues
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Il est 21h23. Deux étudiants sortent de cours.

Elle prie. Elle ne prie plus pour avoir 15 de moyenne. Elle prie pour rentrer sans qu'une main ne touche sa cuisse dans le bus 44 bondé. Elle serre son sac contre sa poitrine comme un bouclier. Elle baisse les yeux pour ne pas croiser le regard de celui qui l'insulte parce qu'elle a dit non. Elle a 20 ans, elle a son sac d'étudiante, et elle a peur d'être une fille à cette heure.

Lui prie aussi. Il ne prie plus pour valider son année. Il prie pour rentrer vivant. Il est sur une moto-taxi à Bouaké, ils sont trois dessus, aucun n'a de casque. Le chauffeur roule à 80 à l'heure parce qu'il doit faire 30 courses pour manger ce soir. Lui, il veut dire "ralentis", mais il se tait. Parce qu'on lui a appris qu'un vrai garçon ne doit pas avoir peur. Alors il a peur en silence.

Ce n'est pas seulement à Abidjan avec nos gbaka de Cocody à Abobo, surchargés à 25 pour 18 places, avec des freins qui crient.

C'est à Yamoussoukro, où l'étudiant fait 10 kilomètres à pied parce qu'il n'a pas 500 francs. C'est à Daloa, où la fille prend la moto sous la pluie sans casque parce que c'est le seul moyen. C'est à Korhogo, à San-Pédro, où on monte dans des pinasses ou des tricycles qui penchent à chaque virage.

Partout, c'est le même choix impossible : est-ce que je paie mon transport ou est-ce que je mange demain ? Est-ce que je risque ma dignité ou est-ce que je risque ma vie ?

Elle, on lui vole son corps dans le bus. On lui vole son droit d'être tranquille. Lui, on lui vole sa vie sur la moto. On lui vole son droit d'avoir peur.

Mais au fond, c'est la même blessure. C'est la même peur qui serre la gorge. C'est le même message qu'on nous envoie : votre vie d'étudiant vaut 200 francs. Votre avenir vaut un casque qu'on ne vous donne pas.

On nous demande le même diplôme à Abidjan comme à l'intérieur du pays. On nous demande d'être excellents, d'être l'avenir, d'être courageux. Mais comment être l'avenir d'un pays qui ne nous laisse même pas le moyen de rentrer chez nous vivants ?

Alors oui, elle compte. Elle compte parce que c'est notre soeur, notre amie, notre camarade qui mérite d'étudier sans être harcelée.

Et oui, il compte. Il compte parce que c'est notre frère, notre ami, qui mérite d'étudier sans risquer de mourir pour 500 francs.

La fille compte autant que le garçon. Le garçon compte autant que la fille.

Le vrai courage aujourd'hui, ce n'est pas de supporter en silence. Ce n'est pas de dire "c'est comme ça en Afrique".

Le vrai courage, c'est de refuser de monter quand le gbaka est surchargé, même si on va être en retard à l'examen. Le vrai courage, c'est d'exiger un casque même si le conducteur se moque de toi. Le vrai courage, c'est de prendre la défense de cette fille dans le bus, même si tout le monde détourne le regard. Le vrai courage, c'est pour toi, garçon, d'oser dire "j'ai peur" et de protéger ton frère à côté.

Ce sont de petits gestes. Mais c'est comme ça qu'on ne sauve pas seulement une fille ou un garçon. C'est comme ça qu'on sauve la jeunesse de toute la Côte d'Ivoire.

Parce qu'aucun diplôme, aucun master, aucune licence ne vaut qu'on meurt ou qu'on soit brisée pour l'avoir.

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