Pourquoi est-il si difficile de parler de sa santé mentale ?
Parler de sa santé mentale devrait être aussi naturel que parler de sa santé physique. Pourtant, pour beaucoup de personnes, exprimer ce qu’elles ressentent, demander de l’aide ou simplement dire « je ne vais pas bien » reste particulièrement difficile.
La santé mentale concerne notre bien-être émotionnel, psychologique et social. Elle influence notre manière de penser, de ressentir, de prendre des décisions et d’entretenir nos relations avec les autres. Mais lorsqu’elle est fragilisée, le silence s’installe souvent.
La peur du jugement
L’une des principales raisons qui empêchent les personnes de parler de leur santé mentale est la peur d’être jugées.
Dire que l’on souffre, que l’on se sent mal, anxieux, épuisé ou dépassé peut susciter la crainte d’être considéré comme faible ou différent. Certaines personnes préfèrent alors cacher leur souffrance afin de préserver leur image auprès de leur famille, de leurs amis ou de leurs collègues.
Pourtant, traverser une période difficile ne signifie pas être faible. Demander de l’aide est une démarche qui peut permettre de mieux comprendre ce que l’on vit et de rechercher un accompagnement adapté.
Une expérience qui m'a particulièrement marqué
En tant que responsable scout, j’ai eu l’occasion de participer à une activité consacrée à la santé mentale. Cette expérience m’a fait prendre conscience, encore davantage, de l’importance de créer des espaces où les jeunes peuvent parler librement, sans avoir peur d’être jugés.
À cette occasion, une jeune fille s’est confiée à moi. Elle m’a expliqué qu’elle était régulièrement harcelée par son cousin. Lorsqu’elle essayait d’en parler autour d’elle, certaines personnes lui répondaient que ce qu’elle racontait était faux ou qu’elle exagérait.
Peu à peu, cette situation a commencé à avoir des conséquences sur elle et notamment sur ses résultats scolaires.
Ce témoignage m’a particulièrement interpellé. Derrière une baisse des résultats scolaires, un changement de comportement ou un manque de concentration, il peut parfois y avoir une souffrance que l’on ne voit pas immédiatement.
Cette jeune fille avait besoin, avant tout, d’être écoutée et prise au sérieux.
Cette expérience rappelle une chose essentielle : lorsqu’une personne ose parler de ce qu’elle vit, notre première réaction ne devrait pas être de remettre sa parole en question ou de minimiser ce qu’elle ressent. Nous devons d’abord écouter, chercher à comprendre et, lorsque cela est nécessaire, l’orienter vers des personnes capables de l’accompagner.
Les préjugés autour de la santé mentale
Les idées reçues jouent également un rôle important. Dans certaines familles et communautés, les problèmes psychologiques sont encore mal compris ou associés à des représentations négatives.
On peut entendre des phrases comme : « Il faut être fort », « Ce n’est qu’une phase », « Pense à autre chose » ou encore « Tout le monde a des problèmes ».
Même lorsqu’elles sont prononcées avec de bonnes intentions, ces paroles peuvent donner à une personne le sentiment que sa souffrance n’est pas légitime.
La santé mentale mérite pourtant la même attention que la santé physique. Une douleur invisible reste une douleur.
La difficulté de mettre des mots sur ce que l’on ressent
Parfois, le silence ne vient pas de la peur du jugement, mais simplement de l’incapacité à expliquer ce qui se passe.
Comment dire que l’on se sent vide, constamment inquiet, épuisé ou dépassé lorsque l’on ne comprend pas soi-même ce que l’on traverse ?
Certaines personnes ont également grandi dans un environnement où les émotions étaient peu exprimées. Elles ont appris à garder leurs problèmes pour elles, à « tenir bon » et à ne pas montrer leur vulnérabilité.
La pression de paraître fort
Dans la société, il existe souvent une pression à montrer que tout va bien. Sur les réseaux sociaux notamment, nous sommes régulièrement exposés à des images de réussite, de bonheur et d’épanouissement.
Cette apparence peut créer l’illusion que les autres vont toujours bien, alors que chacun peut traverser des difficultés invisibles.
Derrière un sourire, une réussite scolaire ou professionnelle, ou une présence active sur les réseaux sociaux peut parfois se cacher une personne qui souffre en silence.
Écouter avant de juger
L’histoire de cette jeune fille m’a également rappelé l’importance de l’écoute, particulièrement auprès des jeunes.
Lorsqu’un jeune vient nous parler d’une situation difficile, nous n’avons pas toujours besoin d’avoir immédiatement la solution. Nous pouvons commencer par l’écouter, lui montrer que sa parole compte et lui permettre de se sentir en sécurité.
Dire à quelqu’un « je te crois », « je t’écoute » ou simplement « tu peux m’en parler » peut avoir une grande importance.
Cela ne signifie pas que nous devons poser nous-mêmes un diagnostic ou gérer seuls une situation grave. Lorsque cela est nécessaire, il faut rechercher l’aide d’un professionnel qualifié ou d’un adulte de confiance capable d’assurer un accompagnement approprié.
Construire des espaces où la parole est possible
Dans les familles, les écoles, les mouvements de jeunesse, les associations et les lieux de travail, nous pouvons tous contribuer à créer des espaces où chacun peut parler de ce qu’il ressent sans honte.
En tant que responsables, éducateurs, parents, enseignants ou simplement amis, nous avons un rôle à jouer : écouter sans juger, prendre la parole au sérieux et savoir orienter vers une aide adaptée.
La santé mentale ne doit pas être un sujet dont on parle uniquement lorsque la situation devient critique.
Ne restons pas seuls avec ce que nous ressentons
Parler de sa santé mentale ne signifie pas nécessairement raconter toute sa vie. Cela peut commencer par une simple phrase :
« Je ne vais pas bien et j’ai besoin de parler à quelqu’un. »
Dire « je ne vais pas bien » n’est pas un échec. C’est reconnaître son état et accepter que l’on puisse avoir besoin de soutien.
L’expérience vécue lors de cette activité m’a rappelé que derrière certaines difficultés scolaires, certains changements de comportement ou certains silences, il peut y avoir une histoire que nous ne connaissons pas.
Alors, apprenons à écouter.
Parce que parfois, une personne ne demande pas qu’on règle son problème. Elle demande simplement que quelqu’un l’écoute et prenne sa souffrance au sérieux.
Parler de sa santé mentale, c’est aussi prendre soin de soi. Et écouter la parole de l’autre, c’est déjà contribuer à prendre soin de lui.
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